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        <title type="main" level="a">Iles, frontières et archéologies</title>
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            <forename>Philippe</forename>
            <surname>Pergola</surname>
            <placeName type="affiliation">Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, Italy</placeName>
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          <resp>This is a section of <title>Florentia </title>(DOI: <idno type="DOI">10.36253/979-12-215-0376-0</idno>) by </resp>
          <name>Michele Nucciotti, Elisa Pruno</name>
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        <publisher>Firenze University Press</publisher>
        <pubPlace>Florence</pubPlace>
        <date when="2024">2024</date>
        <idno type="DOI">https://doi.org/10.36253/979-12-215-0376-0.35</idno>
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          <p>Available for academic research purposes</p>
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          <p>Copyright Author(s)</p>
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        <p>This reflection, which I dedicate to my friend Guido Vannini, deals with themes at the heart of his scientific way, his method and our relations and exchanges over the past decades. Christian archaeology is by far the veteran of “post-Roman” archaeologies. A discipline born in 16th century papal Rome, it was originally strongly marked by the seal of an apologetic Catholicism, in the hottest moments of the Counter-Reformation. During the second half of the 19th century it gradually emerged from this ideological confinement. During the 20th century it became internationalized and broadened the scope of its interests. The real turning point came in the 1970s, when medieval archaeology was gaining ground. The 1980s were the years in which the centuries long considered obscure (7th-8th centuries in particular) were the object of all the attention of Christian, Classical and Medieval Archaeologies, each initially claiming a sort of monopoly, according to different ideological parameters (among those who “believe in heaven and those who do not”... ), in a “je t’aime, moi non plus”, made up of angry looks, deaf dialogues, then today’s finally constructive exchanges and debates, and new balances arise from these initial conflicts and stimulating debates.</p>
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            <item>Late Antique and Early Medieval Mediterranean
Islands and Frontiers
Public archaeology
Christian topography
Rural settlements</item>
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      <p>It is available online at https://doi.org/10.36253/979-12-215-0376-0.35<ref target="https://doi.org/10.36253/979-12-215-0376-0.35" /></p>
      
      <p rend="h1_chapter" ><hi>Iles, frontières et archéologies</hi></p><p rend="h1_author" ><hi rend="CharOverride-1">Philippe Pergola</hi></p><p rend="h1_indexAbstract" ><hi rend="bold">Abstract</hi><hi>: This reflection, which I dedicate to my friend Guido Vannini, deals with themes at the heart of his scientific way, his method and our relations and exchanges over the past decades. Christian archaeology is by far the veteran of “post-Roman” archaeologies. A discipline born in 16th century papal Rome, it was originally strongly marked by the seal of an apologetic Catholicism, in the hottest moments of the Counter-Reformation. During the second half of the 19th century it gradually emerged from this ideological confinement. During the 20th century it became internationalized and broadened the scope of its interests. The real turning point came in the 1970s, when medieval archaeology was gaining ground. The 1980s were the years in which the centuries long considered obscure (7th-8th centuries in particular) were the object of all the attention of Christian, Classical and Medieval Archaeologies, each initially claiming a sort of monopoly, according to different ideological parameters (among those who “believe in heaven and those who do not”… ), in a “je t’aime, moi non plus”, made up of angry looks, deaf dialogues, then today’s finally constructive exchanges and debates, and new balances arise from these initial conflicts and stimulating debates.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Pour témoigner de ma fraternelle amitié pour Guido Vannini, et dans l’esprit des Mélanges qui lui sont dédiés, je lui consacre une réflexion qui est au cœur de nos deux parcours scientifiques et d’humanistes, sans oublier les rôles de « grands communicants » qui sont les nôtres, à la fois dans notre milieu professionnel comme pour un plus vaste public. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Dans la plus grande et </hi><hi rend="CharOverride-3">signorile</hi><hi rend="CharOverride-2"> discrétion, Guido a été l’acteur principal et le précurseur en Italie pour la promotion de l’</hi><hi rend="CharOverride-3">archeologia</hi><hi rend="CharOverride-2"> </hi><hi rend="CharOverride-3">pubblica</hi><hi rend="CharOverride-2"> et de son premier congrès puis, plus globalement, de la </hi><hi rend="CharOverride-3">storia pubblica</hi><hi rend="CharOverride-2">. L’</hi><hi rend="CharOverride-3">archeologia</hi><hi rend="CharOverride-2"> </hi><hi rend="CharOverride-3">pubblica</hi><hi rend="CharOverride-2"> a souvent été au cœur de nos échanges et de nos rapports, durant ces dernières décennies. Guido Vannini a été également au cœur de la naissance et de la promotion de l’archéologie médiévale en Italie. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">J’ai pris le parti de lui dédier, avec la légèreté que permet une </hi><hi rend="CharOverride-3">miscellanea</hi><hi rend="CharOverride-2">, des réflexions </hi><hi rend="CharOverride-3">a braccio</hi><hi rend="CharOverride-2">, de manière spontanée, en m’adressant à lui, et à sa sensibilité dans l’approche de nos disciplines, ainsi qu’à toutes et tous celles et ceux qui se reconnaissent dans la nécessité d’ouvertures et de démontages de frontières imperméables, de murs infranchissables, de fers barbelés inutiles, sinon pour les tenants de ceux, dont nous ne sommes pas, qui préfèrent, pour des raisons de pouvoir personnel, sectes, loges ou </hi><hi rend="CharOverride-3">parrocchie</hi><hi rend="CharOverride-2">, plutôt qu’adopter une attitude de libre-échange.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Ce texte se situe dans la perspective, une fois que Guido m’aura lu, de continuer ce dialogue, comme nous l’avons fait si souvent, autour d’une table, de celles où l’on mange et l’on boit en refaisant l’histoire du monde, y compris l’histoire de notre discipline. J’ai donc choisi la légèreté d’un texte avec très peu de références bibliographiques, tout en renvoyant à des initiatives comme à des publications qui parlent à notre communauté. Je m’adresse également à celles et ceux qui liront ce texte et ne sont pas des professionnels de la culture, mais tout simplement des citoyennes et des citoyens cultivés, curieuses et curieux de la manière dont les historiens-archéologues écrivent l’histoire.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">J’anticipe ici la synthèse d’une réflexion que je développerai par ailleurs, hors des frontières de l’Italie et de la Corse, ici centrales, autour de cette révolution qui a touché les archéologies ces cinquante dernières années, tout en en me limitant aux périodes qui sont celles de ma spécialité, de la fin de l’Antiquité à l’aube du Moyen Age. Les archéologies nouvelles, et au premier plan l’archéologie médiévale, ont souvent contraint les historiens à réinterpréter les sources littéraires, mais aussi fortement contribué à remettre en discussion des monopoles disciplinaires consolidés parfois depuis des siècles (comme l’histoire de l’art et de l’architecture ou la paléographie et la diplomatique), en les bousculant, comme cela a été le cas pour l’archéologie chrétienne et ses secteurs disciplinaires traditionnels. Ces bouleversements ont été au cœur de ma carrière et je continue à défendre l’autonomie disciplinaire de l’archéologie chrétienne nouvelle (je renvoie à ce propos à ma citation de Paul-Albert Février au terme de ce texte), m’opposant aux tentatives de démontage souvent maladroites qui ne manquent pas. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Sous-jacent à ce bilan, se situe également l’aspect, que je ne pourrai développer ici, des dangers, toutes périodes historiques confondues, de ce que j’ai défini comme le </hi><hi rend="CharOverride-3">mercenariato della cazzuola</hi><hi rend="CharOverride-2">, la dictature de la ruelle, il y a plusieurs décennies de cela déjà. J’ai toujours dénoncé toute recherche archéologique comme fin en soi, qui se limite à l’analyse, qui s’épuise avec la technique et ne devient pas histoire sinon de manière dangereuse en se limitant aux seuls résultats matériels. L’archéologie de terrain devient aussi trop souvent une arène syndicale psychorigide et un nouvel équilibre reste à inventer.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Trop souvent, de plus, la pratique publique « ministérielle », avec des pointes inquiétantes ces dernières années en Italie, privilégie le spectacle en mettant en scène les sites prestigieux (Pompei, le Colisée, les « géants » sardes de Monte Prama, etc.) et des découvertes montées en épingle, avec des théories discutables, la manipulation de données qui mettent en avant la culture matérielle, le montage en épingle de découvertes banales, oubliant les sources écrites, l’histoire de l’art et parfois le bon sens tout court. </hi></p><p rend="h2" ><hi>1. Iles et frontières</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Je tiens encore à rappeler, au premier plan de ce qui me lie fortement à Guido Vannini, l’enseignement universitaire que j’ai honoré sur son invitation, dix ans durant, à la </hi><hi rend="CharOverride-3">Scuola di specializzazione in archeologia</hi><hi rend="CharOverride-2"> de l’Université de Florence, occasion alors de multiples rencontres et d’échanges avec lui. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Il me faut mentionner, à propos des frontières, que Guido a fréquenté celles de l’Orient, avec une longue expérience pilote en Jordanie et, en Europe orientale, la réalité polonaise où il s’est fait un nom, dans un pays où l’archéologie médiévale a ses lettres de noblesse parmi les plus anciennes.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Une synergie amicale et professionnelle s’est en outre développée entre nous, au moment où, au début de ce millénaire, compliqué et chaotique, Guido et son équipe ont participé, jusqu’en 2008, à l’aventure collective de la Fouille Programmée et du Projet Collectif de Recherche « Mariana et la Vallée du Golu », qui a pris fin de manière prématurée, à cause de décisions politiques locales (y compris celles des « responsables » culturels…) de courte vue, accompagnées de brusques trahisons inattendues. L’action entreprise à Mariana est demeurée et demeure </hi><hi rend="CharOverride-3">incompiuta</hi><hi rend="CharOverride-2">, se soldant par une brutale interruption de la recherche scientifique pour miser sur la construction d’un espace muséal inadapté, démesuré et prématuré, laissant le site archéologique et les recherches à l’abandon et avec des activités décousues et improvisées.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Guido Vannini et son équipe florentine se sont alors fortement investis autour de l’étude de l’architecture médiévale de la cathédrale de Mariana et de l’église de San Parteo « hors les murs » ; leur travail inédit méritera d’être repris par eux et publié pour aller au-delà des excellents travaux préliminaires de l’ami et historien de l’architecture Roberto </hi><hi rend="CharOverride-2">Coroneo, y compris pour mettre en discussion quelques travaux successifs discutables, avec le regret, de la même manière, que le travail universitaire de Francesca Di Renzo sur l’église cémétériale qui précéda le monument médiéval de San Parteo, soit lui aussi encore inédit. Cela fait partie des conséquences des choix locaux de mettre fin à l’activité scientifique de haut niveau à Mariana. Il reste pour l’heure à la postérité les Actes des congrès annuels du Projet Collectif Mariana et la Vallée du Golu et plusieurs publications de qualité dans les actes de congrès ou des revues spécialisées, avec au premier plan également les beaux travaux des amis et collègues Cristina Corsi et Frank Vermeulen. Il reste enfin les nombreux volumes inédits des rapports de fouilles et la documentation qui les accompagne qui seront un jour valorisés et publiés. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Enfin, Guido Vannini a été l’un des piliers du Groupement de Recherche Européen du CNRS que j’ai coordonné de 2006 à 2009 (regroupant quinze universités et centres de recherche européens) sur </hi><hi rend="CharOverride-3">Le monde insulaire en Méditerranée : approche archéologique diachronique des espaces et des sociétés</hi><hi rend="CharOverride-2">. Il a fait partie de la réflexion qui a permis la mise en place du projet et son existence, marquée par les rencontres qui l’ont ponctué, durant quatre années. Avec Guido et nos collègues de l’époque, nous avions défini six axes interactifs qu’il me plaît de rappeler ici, ainsi que les publications auxquelles ils ont donné lieu. Ces axes, ces passerelles, résumés rapidement ci-après, sont au cœur de l’interdisciplinarité qui a permis de dépasser clivages et frontières :</hi></p><list type="ordered">
				<item><hi rend="CharOverride-3">Les échanges et la navigation en Méditerranée </hi><hi rend="CharOverride-2">: deux Colloques Internationaux ont eu lieu en septembre 2004)</hi><hi rend="notes_number CharOverride-4"><hi><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-004">1</ref></hi></hi><hi rend="CharOverride-2">.</hi></item>
				<item><hi rend="CharOverride-3">L’intérieur des îles : permanences et transformations socio-économiques, culturelles et religieuses sur la longue durée </hi><hi rend="CharOverride-2">: cet axe a concerné de manière largement diachronique toutes les grandes îles de Méditerranée. Différentes rencontres ont eu lieu entre 2007 et 2014 autour de ces problématiques.</hi></item>
				<item><hi rend="CharOverride-3">Occupation du territoire et urbanisme (Paléoenvironnement, géomorphologie alimentation en eau et thermalisme, espace funéraire, épigraphie) – Des origines de la colonisation romaine au haut moyen âge </hi><hi rend="CharOverride-2">: une mise en réseau des problématiques liées en particulier aux sites côtiers comparables, en milieu insulaire et continental a permis à d’analyser à Mariana les données urbanistiques, celles des prospections, des photographies aériennes, des sondages géomorphologiques, sans oublier les voies de communication (maritimes, fluviales, lagunaires et terrestres), l’alimentation en eau, le thermalisme ou l’archéologie funéraire (Cfr. les </hi><hi rend="CharOverride-3">Actes du Ier colloque international de Bastia-Lucciana </hi><hi rend="CharOverride-2">de 2004), cité ci-dessus ; je renvoie aussi à l’excellente synthèse toujours d’actualité, de C. Corsi et F. Vermeulen, dans les MEFRA (&lt;</hi><ref target="https://www.fupress.com"><hi rend="CharOverride-2">https://journals.openedition.org/mefra/2758</hi></ref><hi rend="CharOverride-2">&gt;</hi><hi rend="CharOverride-2">).</hi></item>
				<item><hi rend="CharOverride-3">Le « fait religieux » : des pratiques cultuelles de l’origine du peuplement à la christianisation du territoire </hi><hi rend="CharOverride-2">: Un premier pas a été marqué par le colloque </hi><hi rend="CharOverride-3">Le fait religieux en Méditerranée (128</hi><hi rend="CharOverride-5">e</hi><hi rend="CharOverride-3"> Congrès du C.T.H.S., Bastia 14-21 avril 2003)</hi><hi rend="CharOverride-2">, publié de manière incomplète dans Etudes Corses, 62, 2006, puis objet d’un Colloque du GDRE en 2009 à Ajaccio, demeuré inédit ; je renvoie aussi à ma synthèse du rapport inaugural, tenu à l’occasion du IXème Congresso Nazionale di Archeologia Cristiana de Cagliari en 2014</hi><hi rend="notes_number CharOverride-4"><hi><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-003">2</ref></hi></hi><hi rend="CharOverride-2">. Le fait religieux chrétien a été aussi à l’honneur dans le cadre du Congrès de Chypre que nous avons organisé et publié</hi><hi rend="notes_number CharOverride-4"><hi><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-002">3</ref></hi></hi><hi rend="CharOverride-2">.</hi></item>
				<item><hi rend="CharOverride-3">Haut moyen âge, Structures féodales, habitat et bâti médiéval, colonisation génoise en Méditerranée </hi><hi rend="CharOverride-2">: un axe spécifique a été consacré au moyen âge en milieu insulaire et aux sociétés et aux échanges liés aux turbulences en Méditerranée à partir du haut moyen âge, autour de la dynamique des rapports entre Islam et monde occidental. Au-delà de l’image d’Epinal des féroces barbaresques dévastant tout sur leur passage, une analyse de ces rapports, certes souvent conflictuels, met en évidence, à partir d’une relecture des sources littéraires et la mise en valeur des données archéologiques, des formes de dialogue et de commerce entre ces sociétés et ces religions en lutte pour occuper de vastes territoires. La présence de Guido Vannini et de son équipe a été centrale pour la mise en valeur de ce thème à Mariana et pour mettre en place une première analyse poussée du bâti. Un colloque a été organisé en 2006</hi><hi rend="notes_number CharOverride-4"><hi><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-001">4</ref></hi></hi><hi rend="CharOverride-2">.</hi></item>
				<item><hi rend="CharOverride-3">Techniques et infrastructures de la conservation préventive et de la restauration des vestiges et du mobilier archéologique </hi><hi rend="CharOverride-2">: au premier plan de toutes les enquêtes archéologiques que j’ai menées, conservation et restauration ont toujours été pour moi un objectif prioritaire et incontournable. Dans le domaine de conservation préventive et de la restauration, le programme mis en place à Mariana de 2001 à 2008, a associé le Laboratoire de Conservation, Restauration et Recherches de Draguignan et permis une mise en réseau, avec l’échange de données et la mise en place d’actions communes, la formation des techniciens, post doctorants et doctorants, en charge d’opération de terrain ou de gestion de musées et dépôts archéologiques. Un colloque y a été consacré en 2008, organisé en collaboration avec le Laboratoire de Draguignan</hi><hi rend="notes_number CharOverride-4"><hi><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-000">5</ref></hi></hi><hi rend="CharOverride-2">.</hi><hi rend="CharOverride-3"> </hi></item>
			</list><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Pour succéder au défunt G.D.R.E., nous avons recadré le projet initial et ses ambitions. Guido Vannini a été une fois encore en première ligne, avec nos collègues et complices Miguel Angel Cau Ontiveros, Dimitri Michaelides et Enrico Zanini, pour parvenir, au terme de plusieurs discussions et échanges informels, à la création de la collection </hi><hi rend="CharOverride-3">Limina/Limites</hi><hi rend="CharOverride-2"> – Archéologies, histoires, îles et frontières en Méditerranée (365-1556). Elle a été tout d’abord associée aux </hi><hi rend="CharOverride-3">British Archaeological Reports</hi><hi rend="CharOverride-2"> puis reprise par Archaeopress. Le premier numéro de la collection, en 2013, a été celui de l’édition des actes du congrès de Chypre de 2007, sur le système insulaire du premier monde byzantin en Méditerranée (Dir. D. Michaelides Ph. Pergola et E. Zanini). Ce sont désormais plusieurs volumes qui sont publiés chaque année dans notre collection, qui dispose d’un comité scientifique et éditorial étoffé qui vient d’être renouvelé.</hi></p><p rend="h2" ><hi>2. Politique archéologique, archéologie chrétienne et archéologies « autres » de la fin de l’Antiquité au Moyen Age </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Durant ces cinquante dernières années j’ai eu le privilège et la chance d’avoir vécu une équidistance, scientifique et humaine entre les mondes traditionnels de l’archéologie chrétienne et de l’archéologie classique, au terme de quatre siècles d’évolution, avec ceux des archéologies médiévales (du Haut Moyen Age, Byzantine, Islamique, du Moyen Age et du Bas Moyen Age) et post médiévales (du paysage à l’habitat, aux productions artisanale et industrielle), nées en Italie dans les années ’70 et ’80, mais aussi d’une archéologie contemporaine qui apparait timidement et progressivement. J’ai aussi la prétention d’avoir pratiqué, ou du moins touché à toutes ces archéologies, directement sur le terrain, par mon enseignement, comme mes lectures et mes publications, en participant à un nombre incalculable de rencontres et par les mémoires et thèses que j’ai dirigés (à l’Université d’Aix-Marseille) en encourageant mes étudiants à pratiquer la diachronie, la laïcité et l’œcuménisme scientifique.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">L’archéologie chrétienne est de loin la vétérane des archéologies de l’« après Rome ». Elle puise ses origines dans la Rome pontificale du XVIème siècle et est fortement marquée, au moment où elle apparaît, par un caractère catholique apologétique qui s’amplifie aux moments les plus chauds de la Contre-Réforme, pour retomber très progressivement.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Ces cinquante dernières années ont été parmi les plus fécondes, les plus novatrices, les plus riches de changements et de révolutions dans les domaines de nos spécialités et de nos champs de prédilection. Je revendique pour Guido et moi d’avoir été des esprits libres, hors chapelles, hors loges et hors préjugés. Ce n’est pas peu car notre génération a été marquée par plusieurs formes de lobbies, de clientèles, de mandarinats, avec en Italie de puissants </hi><hi rend="CharOverride-3">baroni</hi><hi rend="CharOverride-2"> qui ont souvent exaspéré leurs positions idéologiques pour balkaniser les périmètres universitaires. Guido fait partie de ces rares esprits libres qui ont survécu de manière autonome à ces luttes et partages de pouvoir, à ces </hi><hi rend="CharOverride-3">lotizzazioni</hi><hi rend="CharOverride-2">, liées de fait plus aux trônes universitaires et au financement de la recherche qu’à l’idéologie. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Pour demeurer dans l’espace italien, je renvoie à mes prises de position dans les actes du premier congrès d’</hi><hi rend="CharOverride-3">archeologia</hi><hi rend="CharOverride-2"> </hi><hi rend="CharOverride-3">pubblica</hi><hi rend="CharOverride-2">, promu par Guido Vannini et ses collaborateurs : Ph. Pergola, </hi><hi rend="CharOverride-3">Diario di scavo in Italia da “esterno” e da “straniero” (1979-2015) tra collaborazioni fruttuose e corse a ostacoli. New deal per il futuro o paralisi annunciata?</hi><hi rend="CharOverride-2">, à compléter avec mon intervention à la « bourse archéologique » de Tourisma, à Florence, en 2016 :</hi><hi rend="CharOverride-3"> </hi><hi rend="CharOverride-2">Ph. Pergola, </hi><hi rend="CharOverride-3">Uscire dalle logiche di caste e autocrazie per dare un futuro all’archeologia e ai giovani archeologi in Italia</hi><hi rend="CharOverride-2"> (&lt;</hi><ref target="https://www.fupress.com"><hi rend="CharOverride-2">https://archeologiprofessionisti.files.wordpress.com/2016/03/19-pergola.pdf</hi></ref><hi rend="CharOverride-2">&gt;).</hi></p><p rend="h2" ><hi>3. Les années ’70</hi><hi> : celles du « chacun chez soi » des archéologies traditionnelles et des archéologies nouvelles</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Les années ’70 ont été en Italie celles d’une vraie révolution, avec le grand développement de l’archéologie médiévale, puis post médiévale. Alors que ces archéologies étaient pratiquées depuis plusieurs décennies ailleurs en Europe, elles n’étaient en Italie qu’un épiphénomène, lié surtout au Haut Moyen Age et aux précurseurs qui fréquentaient le Centre de Spolète di </hi><hi rend="CharOverride-3">Studi sull’Alto Medioevo</hi><hi rend="CharOverride-2">, avec en particulier les travaux de Gian Piero Bognetti à Castel Seprio et les premières fouilles des nécropoles lombardes. Les précurseurs de l’archéologie médiévale stratigraphique à proprement parler, en Italie, ont été aussi des étrangers : Jean-Marie Pesez en Sicile et le couple Eleonora Tabaczynska et Stanislaw Tabaczynski</hi><hi rend="CharOverride-3"> </hi><hi rend="CharOverride-2">à Paestum et Torcello, ou encore Volker Bierbrauer à Invillino (dès la fin des années ’60), sans rien enlever aux historiens et archéologues médiévistes qui sont à l’origine de la fondation de la revue </hi><hi rend="CharOverride-3">Archeologia Medievale</hi><hi rend="CharOverride-2"> en 1974, mais cette histoire récente de la discipline a été à plusieurs reprises décrite. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Au début des années ’70, l’archéologie médiévale, de Sienne à la Lombardie, au Piémont à la Sicile comme à l’Italie nord orientale, en passant par la Ligurie, s’affirme donc. On retient justement pour la Ligurie la figure dominante de Tiziano Mannoni, en oubliant cependant qu’il est arrivé à l’archéologie médiévale par Nino Lamboglia, qui la pratiquait depuis les années cinquante, sinon avant, sur tous ses chantiers urbains. J’aime rappeler, à propos des fouilles de l’Hôpital d’Albenga, qu’au milieu des années ’50 Lamboglia déclara, en les publiant vingt ans plus tard, qu’il avait réservé la même attention aux couches de l’époque moderne et médiévale qu’à celles des époques les plus anciennes. Trop souvent le vrai inventeur de l’archéologie médiévale italienne est injustement oublié. J’ai rencontré le Lamboglia médiéviste, par exemple, dans les journaux des fouilles du site de San Calocero à Albenga, où le Moyen Age est présent dans la description de la succession des couches dès le milieu des années ’30. Plusieurs des premiers archéologues médiévistes italiens des années ’70 ont commencé leur carrière comme historiens et on se doit donc ne pas faire exactement commencer l’archéologie médiévale italienne avec le premier numéro de la revue </hi><hi rend="CharOverride-3">Archeologia medievale</hi><hi rend="CharOverride-2">, mais de reconnaître à des chercheurs comme Gian Piero Bognetti ou Nino Lamboglia ou encore Jean-Marie Pesez, Volker Bierbrauer, Eleonora Tabaczynska et Stanislaw Tabaczynski</hi><hi rend="CharOverride-3"> </hi><hi rend="CharOverride-2">le rôle de vrais précurseurs de cette archéologie.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">D’autre part, quel que soit le point de vue de l’évaluation et de l’évolution de la discipline, il est certain que durant toutes les années ’70 et le début des années ’80, les archéologies de l’« après Rome » (l’archéologie chrétienne et l’archéologie médiévale) se sont de fait ignorées. Les médiévistes se concentraient alors surtout sur sites et thématiques du milieu ou du Bas Moyen Age</hi><hi rend="CharOverride-2"> pendant que l’archéologie chrétienne réglait ses comptes avec les difficultés liées aux témoignages matériels des origines chrétiennes et, globalement, de l’époque apostolique à Constantin. Au même moment, l’archéologie classique restait fortement concentrée sur ses thématiques traditionnelles tout en s’ouvrant timidement sur les débuts de l’Antiquité tardive et sa culture matérielle, avec les fouilles stratigraphiques, </hi><hi rend="CharOverride-3">in primis</hi><hi rend="CharOverride-2"> de Nino Lamboglia à Vintimille (déjà dans les années ’40, mais en total isolement), puis d’Antonio Frova a Luni et enfin d’Andrea Carandini à Ostie. Ce fut d’ailleurs le moment du grand clash entre Nino Lamboglia (peu avant sa mort en janvier 1977) et son élève Carandini (qui avait appris de lui l’étude de la céramique). Andrea Carandini, mais aussi ses jeunes élèves, formés aussi par Nino Lamboglia, comme Daniele Manacorda, Clementina Panella, Carlo Pavolini Giuseppe Pucci ou Stefano Tortorella, au moment où, avec d’autres, John Walker Hayes en premier lieu, ces jeunes chercheurs établirent que la céramique « sigillée claire » identifiée et classée par Lamboglia comme une production provençale, était en fait produite en Afrique du Nord et jusqu’au VIIème siècle, alors que Lamboglia pensait que cette production s’achevait au début du Vème siècle. La sigillée « africaine », suite aux missions des fouilles UNESCO de Carthage et d’autres travaux en Afrique du Nord, mais aussi par la considération de différents contextes en Méditerranée nord-occidentale, fut l’un des déclencheurs majeurs de ces nouvelles donnes de l’archéologie.</hi></p><p rend="h2" ><hi>4. Les années ’80-90, celles de l’« Aiuto mi vuoi ricristianizzare il Medioevo! »</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Les premières tensions entre les archéologies de l’« Après Rome » commencent à poindre au début des années ’80. Les frictions, liées aux positionnements universitaires et au financement de la recherche ne se sont pas bien entendu limitées à la seule lutte de pouvoir. Il y eut certainement un vrai enjeu scientifique pour l’archéologie médiévale de conquête d’une dignité et d’une autonomie, à la fois par rapport aux médiévistes historiens et historiens de l’art (qui se montrèrent très allergiques à une archéologie qu’ils jugeaient inutile) mais aussi par rapport à l’archéologie chrétienne et à ses traditions séculaires.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">De manière caricaturale, il me paraît possible de pouvoir affirmer que c’est le moment où les archéologues médiévistes purs et durs se rendent compte qu’il existe un Haut Moyen Age et une Antiquité Tardive (parfois en arrivant à ces niveaux, après avoir commencé par fouiller les couches plus tardives). Les archéologues classiques, et en particulier ceux de la mouvance d’Andrea Carandini (sinon Carandini lui-même, ancré dans ses certitudes), découvrent que mécanismes, dynamiques et productions de l’Antiquité débordent jusqu’à la fin du VIIème, sinon au début du VIIIème siècle, alors que l’archéologie chrétienne sort timidement, mais sûrement, des églises, des baptistères, des monastères et des cimetières.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Toutes sensibilités confondues, on commence donc aussi à s’interroger toujours plus fortement sur les invasions barbares et leurs réelles conséquences. On ne pense plus que le Haut Moyen Age correspond à une période de glaciation et qu’il s’est caractérisé par des destructions irréparables, mais qu’il s’est plutôt agi de formes de transformations, de continuités et d’adaptation ; c’est ainsi que s’imposent relectures et nouvelles interprétations des sources littéraires les plus catastrophiques. En partant du </hi><hi rend="CharOverride-3">Liber Pontificalis</hi><hi rend="CharOverride-2">, de </hi><hi rend="CharOverride-3">Victor Vitensis</hi><hi rend="CharOverride-2">, de Procope, comme de la correspondance de Grégoire le Grand, pour ne citer que quatre sources phares de l’archéologie chrétienne, les interprétations catastrophiques que ces sources avaient enraciné de longue date ont mis du temps à être reconsidérées.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Certes, plusieurs historiens, dont Henri-Irénée Marrou ou Christian Courtois avaient exhorté à une plus grande prudence, mais il est certain que les nouveaux messages de la culture matérielle ont contraint à minimiser les tragédies rapportées. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">L’archéologie classique pour sa part découvre ainsi les couches les plus « tardives » jusqu’ici dédaignées ; on commence aussi à ne plus traiter avec mépris structures, réaménagements, couches et mobilier postérieurs au début du Vème siècle (</hi><hi rend="CharOverride-3">in primis</hi><hi rend="CharOverride-2"> donc les sigillées africaines). </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">L’archéologie chrétienne découvre qu’il existe une vie hors des édifices de culte. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Mon expérience personnelle évolue au cœur de ces turbulences. Après avoir commencé par fouiller, quelques années durant, l’intérieur d’églises, médiévales ou plus anciennes, et m’être investi dans l’étude des catacombes et de leurs origines non chrétiennes, fort de ma formation de terrain polyvalente (Lamboglia, Pesez, Euzennat), mais aussi aiguillonné par l’esprit curieux et décloisonnant de mon Maître aixois Paul-Albert Février, puis de Charles Pietri, je suis vite sorti des églises, sans pour autant les oublier. En Corse (Castellu) comme en Italie (la basilique cémétériale de Generosa et ses abords, ainsi que Vigna Barberini sur le Palatin à Rome, Albenga, Riva Ligure), je fus, dès 1980, le premier archéologue « chrétien » à fouiller l’Antiquité tardive et le Haut Moyen Age en open area, proposant une approche globale des établissements où étaient menées ces enquêtes.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Sur la nouvelle donne de l’archéologie chrétienne le texte que je considère le plus lumineux, de lucidité et d’ouverture, est celui que Paul-Albert Février prononce en ouverture du XIème Congrès International d’Archéologie Chrétienne, en 1986 (publié en 1989) qui se conclut par cette belle profession de foi : </hi></p><p rend="quotation_a" ><hi rend="CharOverride-2">C’est donc à une archéologie qui n’oublie ni Vénus, ni le Christ, ni les basiliques, ni les maisons les plus simples ou les plus luxueuses, ni l’orfèvrerie, ni les tessons et leur environnement de cuirs et d’autres déchets, que je vous renvoie, afin que vous découvriez une société pleinement humaine, celle des repas funéraires ou des jeux du cirque, mais aussi celle qui vit dans l’attente de cette parousie qui est anticipée dans la conque des absides, de Ravenne au Sinaï.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Cette activité de terrain, en rupture avec la tradition séculaire d’une archéologie chrétienne allergique à la stratigraphie et se limitant aux seuls témoignages religieux, a coïncidé au moment où, avec Umberto Maria Fasola, Paul-Albert Février, Charles Pietri, Victor Saxer, Pasquale Testini, et très vite Letizia Pani Ermini, nous avons fondé en 1983 les </hi><hi rend="CharOverride-3">Seminari di Archeologia Cristiana</hi><hi rend="CharOverride-2">, en leur donnant pour sous-titre </hi><hi rend="CharOverride-3">Archeologia e Cultura della Tarda Antichità e dell’Alto Medioevo</hi><hi rend="CharOverride-2">. Durant plus de vingt ans, à compter de 1983, j’ai assuré la programmation, le secrétariat et la publication annuelle des séances mensuelles des </hi><hi rend="CharOverride-3">Seminari</hi><hi rend="CharOverride-2"> dans la </hi><hi rend="CharOverride-3">Rivista di Archeologia Cristiana</hi><hi rend="CharOverride-2">, avant d’en devenir le Président. La fin des </hi><hi rend="CharOverride-3">Seminari</hi><hi rend="CharOverride-2">, en 2008, est devenue inéluctable, suite à la décision unilatérale de retrait de Michel Gras, durant sa direction de l’Ecole Française de Rome, rompant les engagements maintenus par les successeurs de Charles Pietri, Claude Nicolet et André Vauchez. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Ce sont autour de 175 séances des </hi><hi rend="CharOverride-3">Seminari</hi><hi rend="CharOverride-2"> qui s’étaient succédées, largement ouvertes à toutes les sensibilités de l’Antiquité Tardive et du Haut Moyen Age. Ce ne furent certes pas les seules rencontres de ce type, en Italie comme ailleurs, mais certainement celles qui ont connu la plus longue durée de vie et ont été très largement ouvertes aux différentes sensibilités des archéologies anciennes et nouvelles. </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Durant les rencontres qui se tenaient au siège de Piazza Navona de l’Ecole Française de Rome, des débats importants se sont succédés, y compris pour des journées thématiques qui ont fait l’objet de publications étoffées. Plusieurs thèmes de ces journées sont devenus des axes de recherche, récupérés par d’autres par la suite pour donner lieu à congrès et projets collectifs. Je rappelle pour mémoire la rencontre sur les sépultures urbaines à Rome à la fin de l’Antiquité (en 1987, résumée dans les </hi><hi rend="CharOverride-3">Verbali</hi><hi rend="CharOverride-2"> publiés dans la </hi><hi rend="CharOverride-3">Rivista di Archeologia Cristiana</hi><hi rend="CharOverride-2"> la même année). Cette rencontre fit date et marqua un tournant dans l’approche de l’archéologie funéraire en Occident. Une autre de ces journées fut consacrée à la pré-paroisse rurale en Italie, avec de larges comparaisons régionales extérieures (en 1998, publié en 1999), « récupérée » l’année même par le VIIIème </hi><hi rend="CharOverride-3">Congresso Nazionale di Archeologia Cristiana</hi><hi rend="CharOverride-2">, mais limitée, de manière méthodologiquement dépassée et sans originalité, à la seule problématique du baptistère. Elle fut reprise pour un Congrès tenu à Toulouse en 2003, que j’ai contribué à organiser (publié en 2005 : Dir. Chr. Delaplace, </hi><hi rend="CharOverride-3">Aux origines de la paroisse rurale en Gaule méridionale (IVème-IXème siècle)</hi><hi rend="CharOverride-2">). </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Parmi ces journées, je rappelle enfin celle de 1997 (publiée en 1999 dans les Mélanges – Moyen-Age de l’Ecole Française de Rome ; 120 pages de résumés et débat) avec pour thème </hi><hi rend="CharOverride-3">Roma dal IV all’VIII secolo: quale paesaggio urbano? – Dati da scavi recenti</hi><hi rend="CharOverride-2">. Au-delà des données de fouille, le débat publié a dessiné pour la première fois une image renouvelée de la Rome de la fin de l’Antiquité et du Haut Moyen Age. Ce séminaire avait été précédé par une initiative semblable, certainement de qualité, mais où l’archéologie chrétienne et les archéologues chrétiens avaient été transparents, autour de </hi><hi rend="CharOverride-3">La storia economica di Roma nell’Alto Medioevo alla luce dei recenti scavi archeologici</hi><hi rend="CharOverride-2">, coordonnée par Lidia Paroli e Paolo Delogu en 1992.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Enfin, on ne peut parler des années ’90 sans citer l’irruption de l’archéologie byzantine en Italie, avec le premier texte fondateur excellent, l’</hi><hi rend="CharOverride-3">Introduzione</hi><hi rend="CharOverride-2"> </hi><hi rend="CharOverride-3">all’archeologia bizantina</hi><hi rend="CharOverride-2"> d’Enrico Zanini, que lui seul pouvait accomplir avec une telle </hi><hi rend="CharOverride-3">maestria</hi><hi rend="CharOverride-2">, grâce à son bel itinéraire intellectuel, de l’Orient à l’Occident et de l’histoire de l’art à l’archéologie.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Après le dialogue de sourds des années ’80, la décennie suivante a permis des réflexions élargies et des échanges parfois musclés (comme avec Andrea Carandini, isolé, mais campant sur ses positions catastrophistes d’un monde classique qui se clochardise au IIIème siècle ap. J.-C. ; éloquent à ce propos, le débat du séminaire sur Rome qui vient d’être cité). Il y a eu aussi des échanges plus amicaux, comme avec Riccardo Francovich, au terme du beau Congrès de Sienne su </hi><hi rend="CharOverride-3">La storia dell’Alto Medioevo italiano (VI-X secolo) alla luce dell’archeologia</hi><hi rend="CharOverride-2"> en 1992 où, suite à mon intervention durant ses conclusions, alors que je l’interrompis en lui demandant ce qu’il faisait du pouvoir de l’Eglise, il me répondit dans un éclat de rire : « aiuto, mi vuoi riscristianizzare il medioevo ». Tout un programme qui a cependant connu une évolution très positive durant les années successives!</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Les années </hi><hi rend="CharOverride-2">’80 et ’90 sont aussi celles de formes d’accordéons chronologiques, après des siècles de stabilité historiographique durant lesquels, pour ne citer que deux cas exemplaires, l’histoire et l’archéologie romaine s’achevaient avec le point final de la mort d’Odoacre en 493 ap. J.-C. ou l’archéologie chrétienne qui avait pour date buttoir le décès du Pape Grégoire Ier en 604. L’archéologie médiévale et les passerelles qui se sont créées ont bouleversé ces frontières, qu’il s’agisse de la chronologie comme des thématiques de recherche. L’archéologie classique touche souvent au VIIIème siècle, l’archéologie médiévale « descend » jusqu’au Vème, alors que l’archéologie chrétienne fluctue vers le haut jusqu’au IXème, voire aux Xème-XIème siècles ; c’est mon choix pour les doctorats de topographie que je dirige. La </hi><hi rend="CharOverride-3">Topographie chrétienne des cités de la Gaule</hi><hi rend="CharOverride-2"> avait fait le choix, à la fin des années ’60, de partir de la réalité de l’urbanisme romain pour s’arrêter à la fin du VIIIème siècle (avant la réalité carolingienne), mais souvent les notices sont parsemées de sources documentaires et archéologiques qui vont bien au-delà de cette limite.</hi></p><p rend="h2" ><hi>5. Le début du IIIème millénaire : </hi><hi rend="CharOverride-6">verso un compromesso storico?</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Ces deux premières décennies du IIIème millénaire nous ont vu former des étudiants, suivre des doctorants et collaborer avec des post doctorants, qui seront nos successeurs et auxquels nous avons raconté le monde de la recherche et les méthodes successives qui nous ont submergés en un espace temporel très bref. Notre génération, entre les années ’70 et les années 2000, a été bouleversée par des révolutions, des tsunamis, dont nous avons réchappé, même si la gestion de ces révolutions n’a pas toujours été très simple!</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">En l’espace des cinquante dernières années, notre formation a été celle, rodée, de l’après Deuxième Guerre Mondiale. Nous avons tapé nos thèses à la machine à écrire, nous avons commencé à fouiller par carrés (certains ont même connu la méthode du déterrement sans stratigraphie et des tranchées le long des murs) ; nous écrivions à la main le journal de fouille, nous dessinions les sections stratigraphiques en paroi. Les relevés « pierre à pierre » prenaient des semaines, comme le dessin du mobilier. Les prospections étaient pédestres et les plus privilégiés disposaient de photographies aériennes.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Il m’arrive de regretter cette période humaniste, face à ces indigestions d’écrans où tout est dépersonnalisé. Les sciences humaines se déshumanisent. Comme d’autres, je me suis battu pour que la profession d’archéologue soit reconnue et justement rémunérée et que cessent les scandales du bénévolat professionnel. Aujourd’hui je regrette que certaines positions exacerbées paralysent trop souvent la recherche et que la technique passe avant l’histoire.</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Une nouvelle donne humaniste reste à inventer, avec l’espoir que nos successeurs sauront relever le défi, y compris celui de la langue et du rouleau compresseur dépersonnalisant du </hi><hi rend="CharOverride-3">globish</hi><hi rend="CharOverride-2">, dans lequel seuls les textes anglophones écrits par des anglophones ont droit de cité… </hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">Pour conclure avec une note d’optimisme, un optimisme qui n’abandonne jamais non plus mon ami Guido, y compris dans des moments difficiles, je souhaite aussi à la nouvelle génération de nos successeurs de sortir des querelles du passé et, pour me limiter à nos disciplines, pour que croisse et se multiplie un </hi><hi rend="CharOverride-3">compromesso storico</hi><hi rend="CharOverride-2"> que j’ai connu avec Gabriele Castiglia, mon successeur et héritier, formé dans la très laïque Université de Sienne, par le très laïc Marco Valenti (autre fraternel ami médiéviste) et qui a conclu brillamment son doctorat œcuménique au Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, en cotutelle avec l’Université de Sienne (et que nous avons codirigé avec Marco Valenti).</hi></p><p rend="text" ><hi rend="CharOverride-2">J’ai volontairement limité ce texte à mon expérience personnelle et au monde italien où j’ai toujours navigué. Je n’ai pu citer toutes les initiatives de grande qualité qui ont parsemé ces trente dernières années. Parmi celles-ci et les excellences, je tiens à citer en conclusion les travaux de l’archéologie médiévale d’Italie septentrionale, promus en premier lieu par Gian Pietro Brogiolo (je renvoie aux publications collectives et individuelles de la </hi><hi rend="CharOverride-3">Società Archeologia Padana</hi><hi rend="CharOverride-2">, qui a longtemps boudé notre nouvelle vague de l’archéologie chrétienne, mais avec laquelle nous nous sommes cependant croisés en terrain neutre. Je conclus à ce propos en citant l’une des thématiques qui seront certainement porteuses dans les prochaines décennies, celle du Perchement, auquel j’ai consacré un Congrès, le dernier congrès d’envergure dont j’ai assuré la responsabilité et qui sera publié d’ici fin de 2022 dans la collection </hi><hi rend="CharOverride-3">Limina/Limites</hi><hi rend="CharOverride-2"> – Archéologies, histoires, îles et frontières en Méditerranée (365-1556), fondée comme je l’ai déjà indiqué, avec Guido Vannini et nos complices.</hi></p><p rend="h2" ><hi>Références bibliographiques </hi></p><p rend="bib_indx_bib" ><hi rend="CharOverride-2">Istria, D., et Ph. Pergola, dir. 2010. </hi><hi rend="CharOverride-3">Présence et colonisation génoises en Méditerranée (Bastia-Lucciana 6-8 octobre 2006)</hi><hi rend="CharOverride-2">, Corse d’Hier et de Demain, 1 (Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse). Bastia.</hi></p><p rend="bib_indx_bib" ><hi rend="CharOverride-2">Lo Schiavo, F., et Ph. Pergola, dir. 2013. </hi><hi rend="CharOverride-3">Les lingots peau-de-bœuf et la navigation en Méditerranée centrale</hi><hi rend="CharOverride-2">.</hi><hi rend="CharOverride-7"> </hi><hi rend="CharOverride-2">Actes du IIe Colloque International (Lucciana, Mariana, 15-18 septembre 2005) Patrimoine d’une île, n. 4. Ajaccio.</hi></p><p rend="bib_indx_bib" ><hi rend="CharOverride-2">Michaelides, D., Pergola Ph., et E. Zanini, dir. 2013. </hi><hi rend="CharOverride-3">System of Early Byzantine Mediterranean: archaeology and history</hi><hi rend="CharOverride-2">. Actes du colloque international de Nicosie (Chypre), 25-26 octobre 2007. Oxford (</hi><hi rend="CharOverride-3">Limina/Limites</hi><hi rend="CharOverride-2">, BAR S2523).</hi></p><p rend="bib_indx_bib" ><hi rend="CharOverride-2">Pergola, Ph., dir. 2013. </hi><hi rend="CharOverride-3">Mariana et la vallée du Golo</hi><hi rend="CharOverride-2">.</hi><hi rend="CharOverride-3"> </hi><hi rend="CharOverride-2">Actes du Ier colloque international de Bastia-Lucciana (10-16 septembre 2004), 2 volumes, Patrimoine d’une île, n. 2 et 3, Ajaccio, 2013 et en septembre 2005.</hi></p><p rend="bib_indx_bib" ><hi rend="CharOverride-2">Pergola, Ph. 2015. “Le origini cristiane di isole e «continenti</hi><hi rend="CharOverride-3">» tra identità e uniformità, alla prova dell’archeologia</hi><hi rend="CharOverride-2">.” In </hi><hi rend="CharOverride-3">Isole e terraferma nel primo cristianesimo. Identità locale e interscambi culturali, religiosi e produttivi</hi><hi rend="CharOverride-2">, a cura di R. Martorelli, A. Piras, e P. G. Spanu. Cagliari.</hi></p><p rend="bib_indx_bib" ><hi rend="CharOverride-2">Pergola, Ph., et J. Rebière, dir. 2013. </hi><hi rend="CharOverride-3">Actes du colloque international : Conserver, préserver, étudier, valoriser le patrimoine en milieu isolé</hi><hi rend="CharOverride-2">, support CD et en ligne : &lt;</hi><ref target="https://www.fupress.com"><hi rend="CharOverride-2">http://art-conservation.fr/conserver-etudier-proteger-valoriser-le-patrimoine-en-milieu-isole/</hi></ref><hi rend="CharOverride-2">&gt;. Draguignan.</hi></p><list type="ordered">
					<item><p rend="layout_notes" ><hi rend="CharOverride-8"><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-004-backlink">1</ref></hi><hi rend="CharOverride-2">	Pergola 2013 ; Lo Schiavo et Pergola 2013.</hi></p></item>
					<item><p rend="layout_notes" ><hi rend="CharOverride-8"><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-003-backlink">2</ref></hi><hi rend="CharOverride-2">	Pergola 2015.</hi></p></item>
					<item><p rend="layout_notes" ><hi rend="CharOverride-8"><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-002-backlink">3</ref></hi><hi rend="CharOverride-2">	Michaelides, Pergola et Zanini 2013.</hi></p></item>
					<item><p rend="layout_notes" ><hi rend="CharOverride-8"><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-001-backlink">4</ref></hi><hi rend="CharOverride-2">	Istria et Pergola 2010.</hi></p></item>
					<item><p rend="layout_notes" ><hi rend="CharOverride-8"><ref target="OP08975_xml_37_479-490.html#footnote-000-backlink">5</ref></hi><hi rend="CharOverride-2">	Pergola et Rebière 2013.</hi></p></item>
				</list><p rend="editorial_metadata_author" ><hi>Philippe Pergola, Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, Italy, </hi><ref target="https://www.fupress.com"><hi>pergola@piac.it</hi></ref></p><p rend="editorial_metadata_polices" ><hi>Referee List (DOI 1</hi><ref target="https://doi.org/10.36253/fup_referee_list"><hi>0.36253/fup_referee_list</hi></ref><hi>)</hi></p><p rend="editorial_metadata_polices" ><hi>FUP Best Practice in Scholarly Publishing (DOI </hi><ref target="https://doi.org/10.36253/fup_best_practice"><hi>10.36253/fup_best_practice</hi></ref><hi>)</hi></p><p rend="editorial_metadata_book" ><hi>Philippe Pergola, </hi><hi rend="italic">Iles, frontières et archéologies</hi><hi>, © Author(s), </hi><ref target="https://www.fupress.com"><hi>CC BY 4.0</hi></ref><hi>, </hi><ref target="https://www.fupress.com"><hi>DOI 10.36253/979-12-215-0376-0.</hi></ref><hi>35, in Michele Nucciotti, Elisa Pruno (edited by), </hi><hi rend="CharOverride-6">Florentia. Studi di archeologia. Vol. 5 - Numero speciale - Studi in onore di Guido Vannini</hi><hi>, pp. -</hi><hi>13</hi><hi>, 2024, published by Firenze University Press, ISBN 979-12-215-0376-0, </hi><ref target="https://www.fupress.com"><hi>DOI 10.36253/</hi></ref><hi>979-12-215-0376-0</hi></p>
      
      <div>
        <listBibl>
          <head>References</head>
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          <bibl n="160792">F. Lo Schiavo et Ph. Pergola (dir.)&amp;#160;: Les lingots peau-de-bœuf et la navigation en M&amp;#233;diterran&amp;#233;e centrale, Actes du IIe Colloque International (Lucciana, Mariana, 15-18 septembre 2005) Patrimoine d’une &amp;#238;le, n. 4, Ajaccio, 2013.</bibl>
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            <idno type="DOI">10.4000/mefra.2758</idno>
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          <bibl n="160860">Ph. Pergola (dir.) Mariana et la vall&amp;#233;e du Golo, Actes du Ier colloque international de Bastia-Lucciana (10-16 septembre 2004), 2 volumes, Patrimoine d’une &amp;#238;le, n. 2 et 3, Ajaccio, 2013 et en septembre 2005.</bibl>
          <bibl n="160654">Ph. Pergola et J. Rebi&amp;#232;re (dir.), Actes du colloque international&amp;#160;:&amp;#160; Conserver, pr&amp;#233;server, &amp;#233;tudier, valoriser le patrimoine en milieu isol&amp;#233;&amp;#160;&amp;#187;&amp;#160;; support CD et en ligne : http://art-conservation.fr/conserver-etudier-proteger-valoriser-le-patrimoine-en-milieu-isole/, Draguignan, 2013.</bibl>
          <bibl n="160640">Ph.Pergola, Le origini cristiane di isole e &amp;#171;&amp;#160;continenti&amp;#160;&amp;#187; tra identit&amp;#224; e uniformit&amp;#224;, alla prova dell’archeologia, in R, Martorelli, A. Piras et P.G. Spanu (dir.), Isole e terraferma nel primo cristianesimo. Identit&amp;#224; locale e interscambi culturali, religiosi e produttivi, Cagliari, 2015.</bibl>
        </listBibl>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>